Voulez-vous faire de la publicité? Appeler au numéro sans frais: 1-888-377-2222

Barrette promet de mieux prendre soin des infirmières

D’ordinaire à couteaux tirés avec le principal syndicat d’infirmières au Québec (la Fédération interprofessionnelle de la santé), le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, leur a tendu la main à l’occasion de la rentrée parlementaire.

« Depuis mon arrivée en poste, je suis extrêmement sensible à l’enjeu que soulèvent les infirmières », a déclaré M. Barrette à l’entrée du caucus des députés libéraux mardi. Lors de la période de questions, M. Barrette a en outre souligné que sa propre mère était infirmière. « J’ai été élevé dans une famille de mère monoparentale à 40 ans qui est allée à l’école à 38 ans pour faire un cours d’infirmière auxiliaire, qui a élevé trois enfants sur les quarts de travail », a-t-il raconté en réplique à l’opposition, qui lui reprochait de ne pas prendre la mesure de la détresse des infirmières.

« Quand il s’agit de prendre la mesure […] de cette situation-là, je l’ai prise très tôt dans ma vie. Et j’ai beaucoup d’admiration pour ma mère, d’avoir réussi à faire face à tout ça. Elle était sur des quarts de travail, des shifts, comme on dit. Alors, je le comprends, et je les ai mises en place, les choses. Ça ne va pas assez vite, on va accélérer… »

M. Barrette tenait ces propos quelques heures après la publication d’un sondage démontrant que 61 % des Québécois le jugeaient intransigeant et arrogant et que 70 % estimaient que la situation du système de santé s’était dégradée en trois ans.

Les conditions de travail des infirmières font les manchettes depuis le cri du coeur lancé par la jeune Émilie Ricard la semaine dernière. Épuisée, cette jeune employée d’un CHSLD racontait comment elle devait prendre soin seule d’entre 70 et 76 patients durant son quart de travail, tout en étant forcée de faire des heures supplémentaires. Elle interpellait le ministre Barrette en lui demandant comment il pouvait affirmer que la réforme du système de santé était un succès.

Dès le départ, M. Barrette s’est montré sympathique à la cause de la jeune femme, ce qui ne l’a pas empêché toutefois de dénoncer la dernière campagne publicitaire « hyper négative » de la FIQ. « Il y a une action concertée, c’est clair », disait-il la semaine dernière tout en demandant au syndicat de changer son message. « Venez. Occupez les postes. Ça va régler le problème », disait-il en en soulignant que les heures supplémentaires obligatoires n’étaient « pas la norme » dans le réseau.

Dans le passé, le ministre et le syndicat ont souvent été à couteaux tirés, notamment dans le dossier de la clinique d’infirmières SABSA, pour lequel la FIQ a mené une longue campagne et face auquel M. Barrette avait de sérieuses objections.

Des réponses dans deux semaines

Or mardi, l’heure était à l’écoute envers la FIQ. Le ministre Barrette rencontrait d’ailleurs la nouvelle présidente, Nancy Bédard, en après-midi pour dégager des solutions. « On a eu une conversation très agréable et très ouverte sur les enjeux auxquels on fait face », a-t-il dit à la sortie de la rencontre.

La FIQ et le gouvernement s’étaient entendus en 2015 pour augmenter la proportion d’infirmières travaillant à temps plein et mettre sur pied un projet-pilote pour réduire le ratio de patients par infirmière.

Or plus de deux ans plus tard, les changements ne se déploient pas sur le terrain, déplore la FIQ. Un point de vue dont s’est désolé le ministre lui-même mardi. La question des ratios infirmières-employés « doit être revisitée », a-t-il dit en soulignant que les revendications des infirmières étaient légitimes et qu’il souhaitait leur envoyer un message « d’espoir ».

Comment expliquer un tel retard ? Les causes demeurent floues. À la FIQ, on reproche notamment aux directions des centres intégrés de services sociaux (CIUSSS et CISSS) de bloquer le dossier en refusant de fournir leurs données sur les ratios et heures supplémentaires qui sont appliqués.

Une critique qui a surpris dans les CIUSSS joints par Le Devoir mardi. Au CIUSSS de l’Outaouais, par exemple, la porte-parole a signalé que la diffusion des données ne constituait pas « un enjeu ». Par contre, on assurait être « en train de trouver des solutions à court terme » aux problèmes vécus par les infirmières. Des rencontres entre la direction et le syndicat local de la FIQ étaient d’ailleurs prévues en même temps que la rencontre entre le ministre et la présidence du syndicat à Québec.

Le ministre Barrette, de son côté, n’a pas voulu pointer de responsables pour les retards à appliquer les changements, mais s’est engagé à fournir plus de réponses lors d’une nouvelle rencontre avec la FIQ dans deux semaines. Satisfaite de la rencontre, Mme Bédard a dit que la balle était « dans le camp du gouvernement ».

Toute la journée, le dossier des infirmières avait dominé les échanges au Parlement. Tour à tour, les trois partis d’opposition ont consacré la majorité de leurs interventions de la rentrée à ce sujet. « On a un gouvernement qui a fait beaucoup de choses pour les médecins, mais qui n’a pas rien fait pour améliorer la qualité de vie et la qualité de travail des infirmières, et surtout des patients qui en ont besoin et qui reçoivent ces soins-là », dénonçait la porte-parole péquiste en matière de santé, Diane Lamarre.

Chez Québec solidaire, on reprochait à Gaétan Barrette d’instaurer des « solutions caquistes » dans le réseau de la santé. « Déjà, en septembre 2016, la vérificatrice générale dénonçait la situation, la surcharge de travail, le ratio trop élevé qui mettait en danger des patients », faisait aussi fait valoir Amir Khadir.

Read more...

views : 38 | images : 1 | Bookmark and Share


Enter your comment below