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Couillard s’oppose lui aussi à une journée contre l’islamophobie

Le projet d’instituer une « Journée nationale de commémoration et d’action contre l’islamophobie » peine à recueillir l’appui de la classe politique québécoise. Le premier ministre Philippe Couillard s’y oppose. Le maire Régis Labeaume aussi, y voyant une « mauvaise bonne idée ».

À 8 mois et demi des élections générales, M. Couillard et M. Labeaume coupent court à un débat qui s’annonçait délétère pour le Québec, estime l’imam Hassan Guillet. « Je suis soulagé », a-t-il laissé tomber dans un entretien avec Le Devoir lundi après-midi.  

Pourtant, M. Guillet appuyait la demande du Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) d’instituer une « Journée nationale de commémoration et d’action contre l’islamophobie » le 29 janvier, soit le jour de la tuerie à la grande mosquée de Québec. « Je ne cache pas ma déception. Je suis déçu. J’aurais aimé que ça passe. Mais que ça passe dans la zizanie, la chicane et l’amertume ou que ça ne passe pas, je préfère que ça ne passe pas », a-t-il dit froidement.

Dans la foulée des « élections référendaires » sur la charte de la laïcité (Québec, 2014) ou encore sur le port du niqab (Canada, 2015), la perspective de voir la désignation d’une « Journée nationale de commémoration et d’action contre l’islamophobie » s’imposer comme la question à l’urne du scrutin du 1er octobre prochain l’effrayait. « Malheureusement, on s’est fait kidnapper nos élections. Il y a plein d’enjeux — la santé, l’éducation, le chômage —, mais souvent on les met sous le tapis [au profit de questions comme] "Êtes-vous pour ou contre la charte ?" ou "Êtes-vous pour ou contre le niqab ?" avec tout ce qu’elles amènent : des préjugés, des amalgames… Tout cela, ce n’est pas sain pour une société libre et démocratique », soutient-il. « La dernière chose qu’on veut, c’est la division. Il ne faut pas faire de la politique sur le dos de l’un ou de l’autre. »  

À Québec, le débat semble clos. Le Parti libéral du Québec, le Parti québécois ainsi que la Coalition avenir Québec sont sur la même longueur d’onde. Seul Québec solidaire s’est montré favorable à la demande du CNMC de créer une « Journée nationale de commémoration et d’action contre l’islamophobie ».

Il est préférable de souligner collectivement notre engagement contre le phénomène du racisme et de la discrimination plutôt que de singulariser l’une de ses manifestations [l’islamophobie, par exemple].
Le premier ministre québécois Philippe Couillard
 

« Une erreur »

Le maire de Québec, Régis Labeaume, a dit regretter lundi de voir le premier anniversaire de la tuerie à la grande mosquée de Québec être terni par un débat stérile sur la création d’une « Journée nationale de commémoration et d’action contre l’islamophobie ». Il a reproché au CNMC d’avoir manqué de flair politique en faisant une telle proposition le 5 janvier dernier. « Quant à la demande d’une journée nationale contre l’islamophobie, c’est une mauvaise bonne idée et c’est une erreur de faire cette demande-là parce qu’il était évident qu’une telle proposition allait provoquer un débat politique où s’abreuvent allègrement les politiciens et les quasi-polititiques. […] Il était aussi évident que ce débat-là occulterait notre devoir de mémoire envers les victimes de la tuerie de la mosquée, et c’est exactement ce qui s’est produit », a-t-il déclaré lundi après-midi.  

S’appuyant sur une longue note écrite préparée pour l’occasion, M. Labeaume a dit que « les sociétés québécoise et canadienne sont majoritairement composées d’individus généreux, tolérants et accueillants ». Quant à savoir si l’islamophobie existe, il a rétorqué « bien sûr, il n’y a aucun doute ». « Le terrible problème de nos concitoyens et concitoyennes de confession musulmane est qu’ils sont victimes de l’amalgame créé par les cruautés perpétrées par Daech [le groupe EI] et al-Qaïda », a-t-il fait valoir.

Le devoir de commémorer  

M. Couillard a également insisté sur la nécessité de commémorer la fusillade du 29 janvier 2017. « La tragédie épouvantable qui a eu lieu, il faut la commémorer. On va la commémorer », a-t-il affirmé lundi avant-midi.

Cela dit, le chef du gouvernement soutient que « le Québec souligne déjà son engagement dans la lutte contre le racisme et la discrimination », ce qui inclut à ses yeux l’islamophobie, et ce, « de plusieurs façons ». « Il n’est pas question de différencier une forme de racisme parmi une autre. L’islamophobie, c’est une forme du racisme qui existe dans toutes les sociétés », a-t-il déclaré en marge d’une annonce au Lac-Saint-Jean. « Nous ne sommes pas pires que les autres sociétés, loin de là », a-t-il ajouté.  

En plus de commémorer la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, le gouvernement québécois a mis sur pied la Semaine québécoise des rencontres interculturelles (fin octobre) et a désigné le 15 janvier Journée nationale du vivre-ensemble. D’ailleurs, le gouvernement libéral voyait une façon de mettre en lumière durant la Journée nationale du vivre-ensemble les initiatives visant à favoriser « l’inclusion et la cohésion sociale » au Québec, tout en rappelant la « mémoire des Québécois qui ont perdu la vie lors d’attentats ou d’actes de terrorisme de Jakarta et Ouagadougou en 2015 ».

Le CNMC « continue d’espérer » qu’Ottawa en arrivera à une conclusion différente de celle de Québec. « Bien que nous soyons déçus d’apprendre que le premier ministre Couillard n’appuie pas l’appel que nous avons lancé, il est impératif que nos élus demeurent unis contre toutes les formes de discrimination ? religieuse ou autre ? et qu’ils dénoncent tout nouveau cas », a indiqué le directeur exécutif, Ihsaan Gardee.   À Ottawa, Justin Trudeau refuse de trancher la question pour l’instant. « On est en réflexion sur comment on va souligner et commémorer cet événement terrible et reconnaître à quel point certaines communautés, dont la communauté musulmane, sont trop vulnérables à la haine et à l’intolérance ces jours-ci », a déclaré le premier ministre fédéral dans une entrevue à La Presse canadienne.

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