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Depuis la feuille jusqu'aux racines

La chanteuse Safia Nolin s'est approprié la poésie de 12 jeunes Gatinoises. La chanson Killy, écrite par ces élèves de l'École secondaire de l'Île, figure sur Nos Forêts chantées, un disque collectif paru vendredi, et sur lequel apparaissent entre autres Dumas, Vincent Vallières, Loco Locass, Chloé Sainte-Marie, Richard Séguin et Les Cowboys Fringants.

Ce projet de longue haleine a débuté il y a deux ans, par l'implication de 11 groupes scolaires (de niveaux secondaire et collégial) de 11 régions à travers le Québec. Les jeunes ont participé à une série d'ateliers destinés, dans un premier temps à les sensibiliser aux enjeux environnementaux liés à la forêt, puis à des sessions d'écriture collective dirigées par l'auteur, poète et dramaturge Jonathan Harnois. 

Chaque groupe a signé une chanson sur le thème de l'arbre ou de la forêt. Les textes ont ensuite été mis en musique par des artistes confirmés.

Tous les profits générés par la vente du disque seront réinvestis dans une initiative visant à planter 375 000 arbres dans Montréal et sa ceinture, dans le cadre du 375e anniversaire de la métropole.

L'ensemencement commençait dès vendredi après-midi, au parc Maisonneuve, où, profitant de la date de lancement du disque, de nombreux jeunes auteurs (dont 10 élèves gatinoises accompagnées de France Lapointe, agente de projet pour L'Artishow, qui chapeaute le programme d'arts de l'école de l'Île) et artistes ont participé à une «plantation» symbolique d'essences. 

Spectacle

En soirée, Dumas et Les Dales Hawerchuck se sont greffés au spectacle des Cowboys Fringants au Metropolis pour «présenter le projet » aux fans et interpréter quelques-unes de ces chansons feuillues, choisies parmi les plus énergiques. Environ 150 auteurs en herbe avaient fait le voyage, dont ceux de Val-d'Or et de Gatineau, pour ne rien rater de ce concert collectif dont ils avaient en partie semé les graines. 

«L'idée, c'est de faire converger les écoles autour de l'arbre et la forêt», résume le bassiste du groupe, Jérôme Dupras, en observant que «chaque arbre est attribué et géolocalisé, [donc] un étudiant de Gatineau pourra rentrer le nom de son école et voir quels arbres ont été plantés grâce à son travail artistique». 

C'est que le projet est chapeauté par la Fondation Cowboys Fringants, dont le président est nul autre que M. Dupras... quelqu'un qui connaît la musique des arbres - et les problèmes de déforestation - aussi bien que le solfège, puisqu'il est également chercheur à l'Institut des Sciences de la forêt tempérée (ISFORT), organisme basé à Ripon et rattaché au Département de sciences naturelles de l'Université du Québec en Outaouais.

Sur chaque billet de spectacle vendu, les Cowboys reversent 1$ à leur fondation. L'argent ainsi récolté depuis des années sert à financer diverses initiatives liées à la protection de milieux naturels (comme par exemple l'aire de conservation de l'île Kettle, en Outaouais). C'est par ce canal qu'a été financé Nos Forêts chantées, explique le chercheur, ravi d'avoir pu concilier ses deux passions: la chanson et l'environnement.

«Ce projet symbolise tout ce qui anime Les Cowboys Fringants, explique Jérôme Dupras. Au delà de la chanson, il y a une partie d'émerveillement, d'engagement, et un fort attachement à l'environnement. »

« Travailler avec des jeunes et voir le fruit de leur travail, ça nous ramène vraiment à l'ADN de notre démarche artistique», poursuit celui dont la bande a mis en musique À l'ombre du grand Bill - prénom de ce vieil arbre défiant le bitume, qu'ont mis en scène les élèves du Collège de l'Assomption. 

Paternité collective

L'autre 'germinateur' de Nos Forêts chantées, Jonathan Harnois (remarqué pour le récit Je voudrais me déposer la tête, mais également auteur de... Je suis un arbre sans feuille), avoue pour sa part été «pris par surprise» par «l'attachement émotionnel» et «la relation de confiance» avec les jeunes qu'il a senti grandir à chaque étape de cette «épopée créative». 

«C'est un processus qu'on a vécu ensemble, et qui vraiment venu me chercher», lance le directeur artistique du volet textuel, qui animait les ateliers d'écriture dirigée.

« Ces jeunes ont des personnalités, des identités tellement flamboyantes!» 

En mettant «la main à la pâte», il indique avoir bien pris soin de teinter le moins possible les chansons de sa propre sensibilité. Qu'il s'est borné à esquisser des caps, «suggérer» et s'assurer de l'aspect consensusel des décisions, tant à l'étape des ébauches qu'à celle de la réécriture, promet l'écrivain. 

«On se questionnait en groupe sur une tournure, une rime [...] ou le rythme des vers. Et on trouvait des solutions ensemble. [...] C'est un chahutement très enivrant.»

S'il a dû parfois lisser le contenu, c'était en s'assurant de «respecter les intentions ou les recommandations finales» du groupe. 

Et toujours dans la perspective que «tous puissent sentir qu'ils en partagent la paternité». «Dans le cas du collège Kiuna, le Cégep autochtone d'Odanak, ce sont les étudiants eux-mêmes qui ont interprété leur chanson [au côté de Loco Locass]. Le sentiment d'appartenance est réel. Et il s'entend dans leur livraison: c'est à fleur de peau», enchérit le Cowboy Dupras. 

M. Harnois se dit fortement «impressionné par la qualité des textes produits» , comme il s'avoue ému par «la manière dont l'équipe réalisateurs (composée de Sébastien Blais-Montpetit, Simon Landry et Chafiik, de Loco Locass) a pris le relais». «Je suis très fier de l'oeuvre qu'on a entre les mains aujourd'hui !» poursuit-il.

Contenu  scientifique... puis poétique

Fierté partagée par le Cowboy, car l'initiative a donné lieu à la création de «trousses pédagogiques», utilisées durant les ateliers de sensibilisation à la forêt. Ces ateliers étaient chapeautés par l'organisme Environnement Jeunesse (EnJeu). «Le contenu scientifique venait avant le contenu créatif et poétique.» 

Ces trousses pédagogiques seront bientôt accessibles en ligne, pour toute école qui souhaiterait s'en servir, promet le président de la Fondation, en rappelant que si le Québec n'est pas un mauvais élève, en matière de gestion forestière,  il demeure à ses yeux indispensable de contribuer à «augmenter la résilience de nos forêts», qui subissent les «pressions» croisées des changements climatiques et du lobby de l'industrie forestière, auxquelles elles «ne sont pas adaptées».

L'apocalypse qui cache la forêt

Les 11 textes de Nos Forêts chantées ont été mis en musique par les artistes eux-mêmes, choisis parmi «les amis» des Cowboys ou des «artistes engagés», connus pour leur sensibilité environnementale, tels Richard Séguin, Vincent Vallières et Safia Nolin, retrace Jérôme Dupras. 

Dans «deux cas sur trois», les élèves savaient d'avance à qui ils destinaient le fruit de leurs plumes. «Ça nous permettait de nous mettre au diapason de l'artiste et de son univers, et ça déterminait nos décisions, dans l'intention», expose l'auteur Jonathan Harnois, directeur artistique de la partie poétique du projet.

La chanteuse Safia Nolin s'est approprié la poésie... (Courtoisie, L’ARTISHOW) - image 3.0

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Courtoisie, L’ARTISHOW

Mais à Gatineau, les 12 demoiselles du programme Art-études de l'École secondaire de l'Île ignoraient que leur interprète serait Safia Nolin.

Avec elles, «on a fonctionné autrement», convient M. Harnois. D'un groupe à l'autre, il veillait à ce qu'«on diversifie les angles, dans notre approche de la thématique». 

L'école gatinoise ayant été visitée en dernier, éviter d'être redondant devenait encore plus important.  «On s'est laissé tenté par l'idée d'une chanson un peu plus post-apocalyptique, en évoquant un futur dévasté, où les arbres ont tous disparu. C'est un regard sur un monde où la forêt n'est plus qu'une légende...»


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