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Fiction pour la liberté et l'égalité

Si Marc Levy remonte aux années 80 et même jusqu'à la Deux-ième Guerre pour parler de condition féminine et de journalisme d'enquête dans La dernière des Stanfield, c'est pour mieux se questionner et (faire) réfléchir sur ce qui se passe aujourd'hui. «Et pas seulement aux États-Unis : au Canada, en France et ailleurs aussi!» clame-t-il.

Pour son 18e titre, le prolifique romancier souhaitait écrire une «saga thriller», c'est-à-dire un suspense sur fond d'enquête familiale. Enquête qui entraînera donc Eleanor-Rigby («Ce n'est pas nécessairement ma chanson préférée du répertoire des Beatles, mais je trouvais que ça donnait un prénom sexy») sur les traces d'une mère qu'elle pensait connaître et d'une grand-mère dont elle ignorait l'existence. Ainsi lancée sur la piste de son histoire inscrite dans l'Histoire, la journaliste du National Geographic voyagera de Londres à Magog, en passant par Baltimore.

Sur sa route, Eleanor-Rigby rencontre nul autre que Georges-Harrison. Or, ce dernier atterrit à Baltimore parce qu'il a lui aussi reçu une lettre anonyme l'incitant à venir y découvrir quelques-uns des secrets de sa propre mère. Et, plus encore dans son cas, dans l'espoir de découvrir qui est son père.

«Aucun des deux ne veut croire à ce passé trouble que la personne ayant signé ces lettres laisse supposer. Mais devant la photo de leurs mères dans le restaurant où on leur a donné rendez-vous, ils vont prendre conscience qu'un pan de leur histoire familiale leur est totalement inconnu», explique Marc Levy, joint cette semaine à Mont­réal, où il était de passage pour promouvoir son plus récent titre.

Entremêlant les destins d'Eleanor-Rigby, de Sally-Anne et May, et d'Hanna, l'écrivain dresse le portrait de trois générations de femmes qui, à des périodes différentes, se battent pour leur identité et leur liberté. 

Trois femmes, trois temps et un combat «loin d'être terminé», observe le Français, scandalisé par cette photo «terrifiante» des six hommes entourant le président Trump paraphant un décret anti-avortement en janvier dernier.

«Comment supporter que six, sept hommes décident du sort des femmes dans un pays dit libre comme les États-Unis? Merde, il y a un problème!» 

Marc Levy lutte donc avec son arme de prédilection: le roman. Notamment en mettant en scène un rédacteur en chef machiste, qui renvoie May à des recherches banales, alors qu'elle vient de déterrer un scoop à la Erin Brocko­vich, parce qu'elle n'est qu'une femme et qu'en tant que telle, elle n'est bonne qu'à monter les dossiers, pas pour signer des articles.

«Certains lecteurs me diront que j'exagère, mais c'est la manière que j'ai trouvé pour faire réagir sur les enjeux qui me tiennent à coeur. À toute époque, la condition de la femme nous éclaire sur celle de nos sociétés et de nos démocraties.Or, quand on a envie de raconter ça, passer par la fiction et par les années 80, par exemple, permet de montrer des personnages pouvant nous ressembler et de mettre les choses en perspective sans que les lecteurs se sentent jugés ou visés directement, soutient le Français. Et ça évite que les embrigadés m'accusent de présenter des faits alternatifs.»

May et Sally-Anne n'évoluent d'ailleurs pas dans le monde des médias pour rien.  L'auteur croit que «nous sommes rendus à un moment où nos civilisations et nos démocraties peuvent facilement reculer, voire basculer dans des autocraties déguisées». Il cite en exemples la Turquie, la Russie et «le Canada  sous les conservateurs».

«Toute société où la sécurité, qui est une drogue pouvant aisément abrutir la population, prendrait le pas sur la liberté n'est plus une société démocratique. Et il est faux de croire que ceux et celles qui remettent en question un pouvoir établi sur la peur sont des ennemis du peuple: le journalisme s'avère l'ultime rempart contre la dictature et l'obscurantisme.»

Et les romans aussi, foi de Marc Levy.


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