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Inquiètude chez les enseignants

En colère, mal à l’aise et toujours pas formés, les professeurs ne se sentent pas prêts pour le retour de l’éducation à la sexualité à la grandeur de la province, dans six mois, au point où des écoles pourraient manquer de volontaires pour l’enseigner.

« Parler d’agression sexuelle à des enfants de première année... Si je devais faire ça demain matin, je passerais des nuits blanches », illustre Nathalie Morel de la Fédération autonome de l’enseignement, qui représente plus de 34 000 professeurs.

Après avoir été abolie il y a plus de 15 ans, l’éducation à la sexualité sera de retour dans toutes les écoles du Québec et à tous les niveaux du préscolaire, primaire et secondaire, dès l’automne prochain.

Les enseignants et sexologues interrogés par Le Journal se réjouissent du retour de ce programme. Mais les profs sont « en colère » devant la « précipitation » du ministère de l’Éducation, indique Mme Morel.

« Ils ont peur de faire une gaffe en n’abordant pas un sujet de la bonne façon ou en n’ayant pas la réponse appropriée », dit Josée Scalabrini de la Fédération des syndicats de l’enseignement, dont font partie plus de 65 000 professeurs.

Pénurie de profs

Depuis deux ans, environ 140 écoles participent à un projet pilote. Malgré cela, le matériel disponible est incomplet, a constaté Le Journal après avoir obtenu les canevas pédagogiques qui ont été créés pour le programme.

Des thèmes sont absents et aucun canevas n’a été transmis pour les élèves de quatrième et sixième année du primaire ni pour ceux de cinquième secondaire.

Les enseignants ignorent quand et de quelle façon ils seront formés pour parler de sexualité. Seront-ils libérés ? Et si c’est le cas, qui les remplacera pendant qu’ils s’absenteront pour recevoir la formation, considérant que les écoles vivent déjà une pénurie de profs, ont soulevé les syndicats.

« Ceux qui donneront cet enseignement sont censés être volontaires. Mais qu’est-ce qu’on fait si, dans une école, il n’y a aucun volontaire ? » se demande Mme Scalabrini.

Il est donc probable que des profs soient forcés de l’enseigner même s’ils ne se sentent pas à l’aise de parler de sexualité, dit Mme Morel.

« Faire une introspection »

Dans ses canevas, le ministère invite pourtant la personne qui enseignera ce sujet à « faire une introspection » et à « faire le point » sur son niveau d’aisance.

D’autant plus que des élèves risquent de dévoiler qu’ils ont été agressés pendant ou après l’atelier.

« Et ce n’est pas facile, recevoir ça », dit la sexologue Geneviève Labelle. La personne qui recueille cette confidence doit adopter une attitude aidante, sans quoi elle risque de nuire au processus de guérison de la victime, explique-t-elle.

« Dans un monde idéal, il devrait y avoir un sexologue dans chaque école. »

« Les professeurs en ont déjà par-dessus la tête. Comment peut-on penser leur ajouter une tâche aussi délicate que celle-là ? » s’interroge la sexologue Jocelyne Robert.

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