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Christiane Ayotte et son incessant combat

Les Jeux olympiques de Pyeongchang s’amorceront vendredi et on se demande bien combien de cas de dopage seront rapportés. Car les tricheurs font partie du paysage olympique depuis cinq décennies et rien ne permet de croire que les choses soient sur le point de changer radicalement.
 
Certains athlètes défient les règles du jeu. Ils ne se gênent pas pour consommer des substances illégales dans le but d’améliorer leurs performances et ils augmentent par le fait même leurs chances de grimper sur le podium.

Lors des Jeux olympiques d’hiver présentés, en 2014, à Sotchi, la Russie s’est livrée à un système de dopage institutionnalisé. Ce système a été mis au jour dans un rapport du Canadien Richard McLaren émis à l’été 2016 et qui a mené à la disqualification, par le Comité international olympique, de plusieurs médaillés russes à ces Jeux.

Un dossier chaud

Ce dossier est toujours chaud 18 mois plus tard à la suite d’une récente décision du Tribunal d’arbitrage du sport d’annuler les suspensions à vie de 28 athlètes russes, parmi les 39 qu’on soupçonnait de s’être livrés à du dopage, en raison de preuves jugées insuffisantes.

C’est un combat incessant contre ce fléau et l’une des sommités mondiales dans ce domaine travaille dans un vaste laboratoire à Laval. Il s’agit de Christiane Ayotte, directrice du laboratoire de contrôle du dopage sportif de l’INRS-Institut Armand-Frappier depuis 1991.

Le Journal de Montréal a eu l’occasion de visiter les lieux et on a été en mesure de constater que les tests sont de plus en plus perfectionnés, ce qui n’empêche toutefois pas des athlètes de certains pays de dénicher des façons de déjouer les contrôles, aidés par leurs pharmaciens rusés.

La tricherie avec un grand T

Christiane Ayotte a encaissé un dur coup lorsque les résultats du rapport McLaren ont été dévoilés, peu de temps avant la présentation des Jeux d’été en 2016.

« D’apprendre qu’un système de substitution d’échantillons d’urine était en place aux Jeux de Sotchi m’a enragée parce je découvrais, comme tout le monde, l’étendue de cette manipulation, de cette supercherie faite avec la complicité de l’État », raconte-t-elle dans son bureau.

« Je me suis sentie bernée en prenant connaissance des manigances de Grigory Rodchenkov, directeur du laboratoire antidopage de Moscou. On parle de plus de 1000 athlètes russes qui se sont dopés au fil des ans. C’est énorme, poursuit-elle. En Russie, le dopage existe depuis longtemps.

« Les athlètes russes se font offrir de grosses récompenses (voiture de luxe, somme d’argent) s’ils parviennent à remporter des médailles aux Jeux. Ça les pousse à tout faire pour atteindre ces objectifs, au détriment de leur santé.

« Les succès des athlètes russes aux Jeux de 2014 étaient d’une importance capitale pour le pays hôte et c’est ainsi qu’a été mis sur pied un système d’échange d’échantillons d’urine au laboratoire de Sotchi qui laissait croire que leurs athlètes étaient tous propres ».

Une lutte sans fin

Même si Christiane Ayotte n’en était pas à sa première désillusion, il n’est pas question qu’elle baisse les bras.

« Je suis une idéaliste, mais ce n’est pas parce qu’il est difficile d’enrayer le fléau du dopage qu’il faut abandonner la lutte », raconte celle qui se réjouit que le siège social de l’Agence mondiale antidopage reste à Montréal.

« Il faut poursuivre cette bataille contre les drogues de performance parce qu’elles sont parfois administrées dans l’ignorance des athlètes et qu’elles profitent à des gens mal intentionnés. Il faut que ça devienne de plus en plus difficile de se doper sans se faire prendre.

« Nous sommes plus efficaces qu’auparavant pour détecter les substances interdites et c’est frustrant lorsqu’on voit des organisations qui dénichent des façons de déjouer le système, comme l’ont fait les Russes à Sotchi. »

Un autre désenchantement

Mme Ayotte était heureuse d’apprendre la nouvelle lorsque le CIO a décidé de bannir le comité olympique russe des Jeux de Pyeongchang. Les athlètes de ce pays qui ont été jugés « propres » pourront toutefois concourir à ces Jeux sous un drapeau neutre.

Elle a vécu un désenchantement jeudi dernier en apprenant que le Tribunal arbitral du sport a décidé d’annuler la suspension à vie imposée à plusieurs athlètes russes, les preuves d’utilisation de méthodes de dopage étant insuffisantes.

« C’est décevant, mais je ne suis pas vraiment surprise de ce revirement de situation, car le rapport McLaren a analysé la tricherie des Russes de façon globale et non pas de façon individuelle », a réagi Christiane Ayotte, avant d’apprendre lundi que le CIO a rejeté la demande de 13 athlètes russes de prendre part aux Jeux de Pyeongchang.

Ce dossier complexe nuit à la crédibilité du mouvement olympique, à son avis, et elle se dit étonnée du silence des athlètes de renom.

« J’aurais cru qu’un plus grand nombre d’entre eux auraient livré leurs commentaires sur le sujet. Ça m’a déçue. »

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