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Donald Trump Jr. croyait obtenir l’aide du Kremlin

Nouveau coup d’éclat à Washington mardi alors qu’on a appris que Donald Trump Jr. croyait rencontrer une émissaire russe le 9 juin 2016 afin d’obtenir des informations compromettantes sur Hillary Clinton, la rivale de son père à l’élection présidentielle.

 

Cette révélation renforce les soupçons de collusion entre les proches du président américain et le Kremlin, puisqu’il s’agit de la première tentative de collaboration avec les Russes connue d’un membre de la garde rapprochée de Donald Trump.

 

« C’est un élément extrêmement troublant, qui vient corroborer beaucoup d’éléments du dossier », affirme le politicologue Pierre Martin, également chercheur au CERIUM et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines de l’Université de Montréal.

 

Le New York Times a révélé samedi l’existence de cette rencontre avec l’avocate Natalia Veselnitskaya, dont les liens avec le pouvoir russe ne sont pas confirmés.

 

Dans un échange de courriels de quatre pages qu’il a diffusé lui-même sur son compte Twitter mardi, (devançant le quotidien new-yorkais qui s’apprêtait à le faire), Donald Trump Jr. ne cache pas son enthousiasme face à cette rencontre.

 

Tout commence le 3 juin 2016, quelques jours après que la candidature de Donald Trump à la présidentielle de novembre a été confirmée. Un dénommé Rob Goldstone, qui agit comme intermédiaire entre le fils aîné du futur président et le chanteur russe Emin Agalarov, dont la famille est proche des Trump, informe Donald Trump Jr. que le procureur général de Russie a proposé au père d’Emin, Aras, de « donner à la campagne Trump des informations et documents officiels qui incrimineraient Hillary et ses transactions avec la Russie et qui seraient très utiles à [son] père ».

 

« Ce sont évidemment des informations de très haut niveau et critiques, mais qui font partie du soutien de la Russie et de son gouvernement pour M. Trump », écrit Rob Goldstone. À peine 17 minutes plus tard, Donald Jr. répond : « Si c’est ce que vous dites, j’adore [“I love it”]. »

 

Six jours plus tard, Donald Trump Jr. rencontre Mme Veselnitskaya à la Trump Tower de Manhattan en compagnie de Paul Manafort, alors directeur de la campagne présidentielle de Donald Trump, et de Jared Kushner, gendre et actuellement conseiller du président.

 

Une première

  Selon M. Martin, la réponse de Donald Trump Jr. au courriel de M. Goldstone a de quoi étonner. « On lui dit que cette rencontre fait partie d’un effort de la part du gouvernement russe d’appuyer M. Trump, et Donald Trump Jr. n’exprime aucune surprise. C’est fort ! Comme si c’était une vérité non controversée qu’il y avait un effort de la part du gouvernement russe d’appuyer son père. »  

Sans être nécessairement incriminantes, ces révélations donnent un nouveau souffle à l’enquête sur la possible ingérence russe dans la campagne présidentielle de 2016. « Pour la toute première fois, un membre très haut placé de l’équipe de campagne de Donald Trump se trouve directement impliqué dans une tentative de collaboration avec le gouvernement russe », mentionne le chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand Rafael Jacob.

 

Le président Trump a toujours nié toute collusion entre sa campagne et le Kremlin.

 

Selon une source du média américain CNN, l’équipe du procureur spécial Robert Mueller, chargé de l’enquête, se penchera sur le contenu de la rencontre ainsi que sur l’échange de courriels diffusé par Donald Trump Jr.

 

Selon MM. Martin et Jacob, il ne fait aucun doute sur Donald Trump Jr., Jared Krushner et Paul Manafort seront appelés à témoigner devant le Congrès. « C’est trop gros, trop voyant pour qu’on évite de les faire comparaître », affirme M. Martin.

  Donald Trump Jr. a accepté mardi de témoigner devant un comité du Congrès s’il reçoit une invitation en ce sens.  Donald Trump Jr. s’explique
 Le fils du président a déclaré mardi avoir publié cet échange de courriel dans le but d’être « totalement transparent ».  

En fin de soirée, dans une entrevue accordée à Fox News, Donald Trump Jr. a admis qu’il aurait « probablement fait les choses un peu différemment » si c’était à refaire, tout en réitérant que cette rencontre « n’était rien ». « C’était littéralement 20 minutes de gaspillées », a-t-il dit.

  Alors, pourquoi avoir attendu que ça sorte dans les médias pour « faire preuve de transparence » ? questionne M. Jacob. « S’il n’y avait rien de reprochable, pourquoi la rencontre n’a-t-elle pas été divulguée proactivement ? Ça a eu lieu il y a plus d’un an », souligne le chercheur.  Les réactions ont fusé après la publication de l’échange de courriels mardi. Le président a salué le geste de Donald Trump Jr. : « Mon fils est une personne pleine de qualités et j’applaudis sa transparence », a-t-il affirmé dans une déclaration lue par la porte-parole Sarah Huckabee Sanders.  Le vice-président Mike Pence a plutôt pris ses distances avec le fils de Donald Trump. « Il n’était pas au courant de la rencontre. Il ne s’intéresse pas non plus aux histoires concernant la campagne — surtout celles concernant l’époque avant qu’il ne rejoigne la campagne », a déclaré son porte-parole, Marc Lotter.  À Washington, le mot « trahison » était sur toutes les lèvres chez les démocrates. « Quand quelqu’un reçoit un message disant que le gouvernement russe veut aider à faire élire son père, et qu’une avocate du gouvernement russe arrive de Moscou pour le voir, toute personne normale tirerait la sonnette d’alarme et appellerait les forces de l’ordre », a déclaré le sénateur démocrate Tim Kaine, ancien colistier d’Hillary Clinton.  Les parlementaires républicains n’ont pu s’esquiver face à ces révélations. « C’est très problématique », a réagi le sénateur Lindsey Graham. D’autres républicains confiaient dans les couloirs du Capitole qu’ils n’auraient jamais accepté une telle rencontre, tout en tâchant de minimiser le scandale.  Un échange de courriels publié mardi révèle la volonté du fils du président de rencontrer une représentante du Kremlin afin de nuire à Hillary Clinton.
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